Dossier de presse – 24/01/2013

Depuis quelques semaines, l’IEP de Bordeaux connaît un regain de mobilisation féministe. Il était plus que temps dans une institution encore largement structurée par la domination masculine dans son fonctionnement et son organisation.

Depuis le mois de décembre, nous assistons à un déchaînement de propos sexistes et homophobes qui vont de la plaisanterie potache à l’incitation au viol. Le support de prédilection du petit groupe d’étudiants à l’origine de ces agissements est le réseau social Facebook. Une première page intitulée « Osez le masculin à Scpobx » a été ouverte le 14 décembre 2012. Cette page se voulait une parodie d’Osez le féminisme (voir capture d’écran) et elle s’est constituée
en réaction à la formation d’A-Bord, une association étudiante de réflexion sur le genre. On pouvait entre autres lire sur les publications de cette page : « Même entre nos murs nous sommes devenus minoritaires ! Réagissez et sauvegardez vos postes, usez de la cooptation. La parité enferme l’homme dans sa condition sexuelle et le réduit à un pénis. Pourquoi devrions-nous céder notre place sous prétexte d’être né avec un troisième membre ? ». Suite aux plaintes de certains
membres de l’équipe pédagogique et au signalement auprès de la direction de l’établissement, cette page a été fermée le 21 janvier 2013.

Après l’annonce de projection-débat organisée par A-Bord dans les Amphithéâtres et à une interpellation des étudiant.e.s quant au sexisme décomplexé véhiculé par certains étudiants de Sciences Po, une seconde page Facebook, intitulée « Osez le masculisme »
(http://www.facebook.com/osezle.masculisme?fref=ts) se créé le 22 janvier 2013. Dans cette seconde initiative, la référence à A-Bord est plus directe. L’association et ses initiatives sont parodiées : les points de d’interrogation sont remplacés par des phallus dans le logo qui porte pour légende « Dans ta chatte » et la projection-débat est détournée en « érection-débat ». La nouvelle page incite explicitement aux agressions sexuelles collectives (voir capture d’écran). Des
insultes à caractère sexiste et homophobe y sont proférées : « Osez le féminisme salope » ; « Les féministes sont des lesbiennes ».

Des étudiants potaches et des potiches ?

Face à ces agressions à caractère sexiste et homophobe, une des premières réactions d’une partie des enseignant.e.s et de la direction de l’établissement avertis est d’en minimiser l’importance ; il ne s’agirait rien de moins que de blagues potaches de garçons immatures. Des blagues de « puceaux » en somme, qui trouveraient là un défouloir. Un peu comme ces candidats
étudiants aux élections du conseil administratif, qui lors de leur campagne de l’automne dernier, ont choisi pour affiche une photo d’un homme nu, observant son pénis, censée illustrer la réflexion suivante : « On ne peut pas choisir sa taille, mais on peut choisir ses élus étudiants » (MET – UNI, Sciences Po Bordeaux). Tout cela bien sûr, « n’est pas bien méchant ». C’est méconnaître la nature même de l’expression des rapports de pouvoir liés au genre. Si le genre
est l’expression sociale de la différence sexuelle, il est surtout comme l’écrivait Joan Scott, une façon première de signifier les rapports de pouvoir. Et c’est justement dans la réitération de ces propos et la répétition de cet « humour » dit potache que la domination symbolique est à l’œuvre.
Ceux qui l’exercent en sont bien conscients, et celles qui en sont les objets également : certaines étudiantes expriment de la gêne, de la peur face à des procédés d’intimidation aggravés par le silence de l’institution.

Un climat favorable à l’expression du sexisme ordinaire à l’IEP

Sciences Po Bordeaux est une grande école où la domination masculine se donne à voir de manière exemplaire dans son organigramme et dans la composition de son personnel : Si récemment une femme a été nommée à la direction d’un des deux laboratoires de recherche de l’IEP, les femmes composent la grande majorité du personnel BIATOSS, l’infime minorité des
professeurs de rang A, elles sont minoritaires à la direction de l’établissement. C’est le dernier IEP à avoir proposé à ses étudiant.e.s un enseignement sur le genre. Réservé aux Master 2, cet enseignement ne vise pour l’instant qu’une minorité d’étudiant.es, en dépit d’une demande croissante de la part de certain.e.s étudiant.e.s et de certain.e.s enseignant.e.s.

Rien de surprenant, dès lors, à la cécité sur ce qui se joue en termes de domination dans ce qui est considéré comme une forme d’humour, certes de mauvais goût, mais finalement inoffensive. A titre d’exemple, l’équipe masculine de volley de l’IEP se nomme « les VIOLLEYEURS », ce qui en dit long sur le caractère incitatif ou au moins permissif à l’égard de ce crime. Par ailleurs, on trouve sur la page Facebook « Osez le masculisme » une parodie
des conférences organisées par l’association d’étudiant.e.s sur le genre, sous la forme d’une invitation à venir pratiquer dans un amphithéâtre le « Bukkake » (mise en scène d’agression sexuelle collective en japonais, qui consiste en une masturbation collective visant une femme victime non consentante), une « coutume qui devrait être obligatoire avant le mariage », avec ce commentaire : « l’amphi Montesquieu, selon nos calculs, peut contenir 10m³ de liquide
spermatique. Baignade autorisée ! »… Une étape supplémentaire a donc été franchie ce mercredi 22 janvier. L’incitation à l’agression sexuelle au sein même de l’établissement révèle le caractère tout à fait offensif de leur démarche et ne peut que susciter l’effroi quand on sait que le campus bordelais est propice aux viols et agressions sexuelles (une situation rapportée et dénoncée par l’Atelier Genre de Bordeaux, présidé par Geneviève Sellier, professeure d’université à Bordeaux 3). La présence d’ « amies » sur la page Facebook ne doit en rien minimiser la gravité des propos qui y sont tenus. Cela relève de l’incorporation des stéréotypes de genre qui permettent à ces femmes d’intégrer un groupe de pair en adoptant une identité assumée de dominée.

Les échos des mobilisations anti-mariage pour tous

La question du regain des vigueurs antiféministes et homophobes se pose de manière légitime, dans un contexte de forte mobilisation conservatrice contre le projet de loi actuel de l’égalité devant le mariage des couples homosexuels et hétérosexuels. En effet, il n’est pas anodin que parmi les étudiants actifs sur ces pages Facebook certains affichent explicitement leur appartenance à un courant traditionaliste de l’Eglise catholique et leur hostilité à l’égalité.

Afin que l’expression la plus crasse de la domination masculine cesse au sein de l’IEP de Bordeaux, une demande de sanctions disciplinaires des étudiants à l’origine de cette page est en cours auprès de la direction de l’établissement. Ces personnes qui se présentent au dessus des lois (article 225-1 et article R. 624-3 du code pénal, loi n°2012-954 du 6 août 2012, circulaire n° 2012-0027 du 25 novembre 2012) et au dessus des autres parce qu’ils sont des hommes et qu’ils
fréquentent une grande école, doivent en effet comprendre que le monde a changé. Face à cela, une réaction forte de l’institution est nécessaire. Elle est aussi nécessaire chez les personnels, notamment chez les enseignant.e.s qui doivent cesser d’entretenir voire d’encourager un tel climat de haine par leur silence et leur complicité. La peur doit changer de camp !

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